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Homme et robot en tête-à-tête, avec Rachid Alami | Exploreur

Par Valérie Ravinet, journaliste. Au cœur du laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes (LAAS-CNRS), le bâtiment bien nommé Adream abrite l’équipe du chercheur Rachid Alami. Au rez-de-chaussée, un studio de cinéma de 500 m² sert de décor aux expériences menées par les roboticiens : simulation d’une galerie marchande pour exercer le robot, volière pour protéger un robot volant, chambre pour observations cognitives diverses…  « C’est un espace rêvé pour évaluer toutes sortes d’applications » témoigne le chercheur CNRS. En homme qui aime raconter, il partage une visite commentée du plateau technique avec un enthousiasme communicatif, que la quarantaine d’années passées au sein du laboratoire n’entame en rien. Robot et IA, une histoire de rencontres A la question : qui êtes-vous ? Rachid Alami sourit. « Comment dire ? Je suis d’origine marocaine, je suis arrivé en France en 1975 pour intégrer l’École nationale supérieure d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique, d’hydraulique et des télécommunications (Toulouse INP – ENSEEIHT). J’ai suivi le cursus informatique, à peine émergent à l’époque ! », résume-t-il. Puis il raconte son attirance pour l’innovation, sa volonté de garder une proximité avec les mathématiques. Devenir ingénieur ? Oui, mais à condition de rester ouvert à tous les domaines. Très vite, il rencontre le sujet de l’intelligence artificielle qu’il ne quittera plus, grâce au Professeur Henri Farenny d’abord, puis en compagnie de celui qui deviendra son mentor, le roboticien visionnaire et cofondateur du LAAS-CNRS, Georges Giralt. Son diplôme en poche, Rachid Alami rentre au Maroc et intègre un ministère « fort bien doté en matériel informatique ». Mais il se rend rapidement compte qu’il souhaite poursuivre ses recherches. « J’avais besoin de creuser davantage et j’ai décidé de préparer un doctorat ». Georges Giralt lui propose d’engager une réflexion sur le langage de programmation Lisp (list processing), qui deviendra le langage de choix en matière d’intelligence artificielle. « Nous avons eu la chance d’avoir un ordinateur en propre, branché directement sur les robots, sans passer par un guichet, ni par un opérateur ; c’était le début de l’informatique personnelle » se souvient le chercheur. Sa mission au sein de l’équipe : introduire les aspects raisonnements et planification dans les systèmes. « D’une certaine manière, c’est de l’IA appliquée à la robotique », observe-t-il. La recherche par choix Lorsqu’il soutient sa thèse, en 1983, Rachid Alami est convaincu de vouloir consacrer sa vie professionnelle à la recherche. Il postule au CNRS, réussit le concours et « depuis, je suis au LAAS », s’amuse-t-il. Depuis cette époque, il travaille sur les aptitudes des robots. « On a eu très rapidement l’ambition de grande autonomie pour les robots, sans chercher d’applications particulières. L’équipe cultivait l’idée que la robotique autonome était un vrai défi pour l’IA ». Directeur de recherche, il est aujourd’hui à la tête de l’équipe RIS -Robotics and InteractionS- et porteur de la chaire Robotique cognitive et interactive de l’Institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle de Toulouse, ANITI. Ses activités portent sur les interactions humain-robot, leurs actions conjointes, leurs coordinations et leurs capacités à coopérer. Des problématiques bien concrètes qui le conduisent à définir les enjeux : la machine doit être en capacité de comprendre son environnement complexe et variable, de le modéliser, de raisonner pour agir ; le robot doit également être prévisible et acceptable pour optimiser l’action conjointe entre l’homme et la machine et assurer sa pertinence. « Petit robot, donne-moi le téléphone » Démonstration : « je suis un robot et je suis là pour vous servir », annonce le robot. Et l’humain de commander : « donne-moi le téléphone ». Dans la pièce, trois téléphones : un téléphone fixe posé sur un bureau, le portable du locataire du bureau où se situe la scène, posé sur la table de réunion, à côté du mobile d’un visiteur. « Un robot stupide, enregistrant la présence de trois appareils différents, demanderait : « lequel ? ». Un robot intelligent interprète la scène et comprend de quel téléphone il s’agit : ni le poste de la ligne fixe que, dans ma position, je ne peux pas atteindre, ni le mobile de mon visiteur qu’il n’a encore jamais vu », décode le chercheur. Ce travail s’appuie sur les recherches des psychologues spécialistes des capacités cognitives mais aussi de philosophes experts en actions conjointes. Le robot ne se place pas uniquement dans le champ de sa perception, mais dans l’interprétation qu’il fait de la demande de l’humain : il raisonne sur ce qu’il doit faire et doit être capable d’expliquer ce qu’il peut et ne peut pas faire. Plusieurs expérimentations hors du laboratoire ont été conduites en l’espèce, comme la présence du robot Rackham à la Cité de l’espace, officiant comme guide de l’exposition Mission Biospace. ANITI : une ouverture vers de nouvelles explorations La robotique procède historiquement de l’IA symbolique, basée sur l’élaboration de modèles. La réflexion sur une IA hybride, mêlant les approches symboliques et apprentissage profond sont de nature à ouvrir de nouvelles perspectives, que ANITI facilite. « Les techniques d’apprentissage profond vont permettre de progresser fortement en matière d’habiletés, même si les aspects d’IA symbolique restent prédominants dans les réflexions sur les tâches ou les dialogues avec l’humain et les interprétations des contextes. C’est un défi que de combiner ces deux approches ! » estime Rachid Alami. Le chercheur entend aussi s’appuyer sur l’institut pour favoriser la création d’une communauté forte et intensifier les échanges interdisciplinaires entre chercheurs, étudiants, doctorants et post-doctorants. « La création d’un écosystème, orienté autour de l’IA, est passionnante. Le travail sur les interactions entre humain et robot est forcément une thématique ouverte qui avance sur tous les fronts », se réjouit le chercheur. D’ailleurs, son esprit est déjà tourné vers de nouvelles ambitions. Voix off Quelle est la première chose que vous faites en vous levant ? J’avoue. Je lis mes mails. C’est affreux. Quel est votre principal trait de caractère ? Je suis conciliant. A quelle époque auriez-vous aimé vivre ? La Rome antique. Mais attention, comme patricien dans une villa magnifique ! (rires) Quel est l’objet préféré de votre bureau ? Mon ordinateur portable. Ce que vous appréciez le plus chez vos collègues ? L’ouverture d’esprit, la capacité à rêver. Ceux qui ne rêvent pas m’énervent. Le don de la nature que vous voudriez avoir ? Voler ! Quel rêve vous reste-t-il à accomplir ? Me cultiver, apprendre toujours plus. Le manque de temps est déchirant. La dernière fois que vous avez ri aux larmes ? Devant une vidéo montrant le comportement altruiste d’un corbeau qui aidait un hérisson à traverser une route. Quel chercheur.e vous a inspiré ? Georges Giralt, vraiment ! Son côté rêveur et son réel intérêt pour les gens. Quel est la dernière chose que vous faites avant de vous coucher ? Je lis jusqu’à sombrer.   Glossaire Une définition de la robotique intelligente selon ANITI ? La robotique intelligente porte le défi de la réalisation de systèmes mécaniques autonomes, capables d’élaborer des stratégies, de réaliser dans un environnement physique des tâches complexes et d’atteindre un objectif défini. Pour cela, elle met en œuvre des capacités prédictives et de raisonnement avancées sur la tâche, sur l’environnement et sur ses propres capacités de perception, d’action et d’interaction. Ainsi, le défi intégratif de l’IA est pleinement réalisé dans l’interaction homme-robot et plus précisément dans la collaboration homme-robot lorsque les humains et les robots décident et agissent ensemble et partagent l’espace et la tâche.

Sourced through Scoop.it from: exploreur.univ-toulouse.fr

Voici un article fort sympathique qui vous permettra de faire connaissance avec l’un de nos chercheurs en robotique du LAAS, laboratoire de recherche membre de Robotics Place. Rachid a été l’un de nos premiers interlocuteurs au LAAS, avec Michel Devy aujourd’hui chercheur émérite et Michel Taix actuellement vice-président de notre cluster. C’est un passionné comme tous ses collègues et c’est agréable de pouvoir lui rendre hommage ici.